"Coudre sa lingerie" le livre, mon avis

Des livres qui parlent de la couture de la lingerie, y'en a pas 150. Et des livres sur comment coudre sa lingerie en français, y'en a encore moins, et ils se comptent sur les doigts d'une main.  

 

Et même si j'achète de manière quasi compulsive n'importe quel livre que je trouve sur le sujet, et même si j'ai failli acheter celui-là un paquet de fois, et même si  j'en ai entendu parler maintes et maintes fois... Je n'avais jamais acheté le livre Coudre sa lingerie de Katherine Sheers et Laura Stanford avant la semaine dernière, parce que j'étais à la fnac, qu'il pleuvait des cordes dehors, et que je suis tombée dessus par hasard, et que je me suis dit qu'il était temps de voir ce qu'il en était ! 

 

En vérité, si je n'ai pas acheté le bouquin auparavant, c'est pour plusieurs très bonnes raisons : 

  1. Le livre ne parle pas de modélisme, mais uniquement de couture. Il y a des patrons, des explications pour réaliser les modèles proposés, et quelques explications techniques sur la couture de sous-vêtements. Le livre me semblait plutôt orienté "grand public" et sans vouloir me la péter (mais un peu quand même en fait) je maîtrise déjà les notions de base en lingerie ; je fais mes patrons; donc je ne pensais pas vraiment en avoir besoin plus que ça.

  2. Et j'achète déjà beaucoup de livres. Et les livres techniques ne sont pas donnés, donc j'essaye d'acheter uniquement les bouquins dont j'ai vraiment besoin. 

  3. Et enfin, même si ce n'était pas franchement le plus important, le livre ne m'attirait pas franchement tout simplement parce que les modèles proposés ne m'intéressaient pas, à part peut-être un ou deux, ce qui ne justifiait pas l'achat d'un livre à 25€. 

Le livre : y'a quoi dedans ?

Coudre sa lingerie le livre

Le livre commence par expliquer les différents tissus, fournitures, mesures etc utilisées en lingerie. Viennent ensuite 25 projets avec patrons ( Tailles 36 à 46, 85A à 95C/90D) donc des culottes, des strings, des ensembles de nuit, porte-jarretelles, soutien-gorge sans armatures et petits accessoires. À la fin se trouve un cahier technique qui rassemble toutes les notions techniques utilisées dans le livre. 


Premières impressions

À ma première lecture, je ne vous cache pas que j'ai été assez surprise, et pas franchement en bien.

 

Tout d'abord, LES NOMS. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, certes. Mais sérieusement. Coquette et coquineTentation taquine ? Mon petit trésor en sucre ? Promesse secrète ? J'ai cru lire la carte des desserts d'un restaurant donc le chef serait le héros d'un roman Harlequin. Qui meurt d'une indigestion à la fin. 

 

Ce qui m'énerve en fait là-dedans, c'est que j'essaye de lutter au quotidien contre l'idée que la lingerie, c'est forcément lié à la séduction, à la "féminité" et, globalement, à une image de la femme à laquelle je n'adhère pas du tout. Et là ce bouquin c'est juste tout l'inverse de ce qu'est la lingerie pour moi. Il y a également le terme "féminité" qui revient beaucoup, beaucoup trop souvent à mon goût et un passage au début du bouquin qui m'a fait bondir de mon fauteuil ( en vrai je n'ai pas de fauteuil et j'étais vautrée sur mon lit mais c'est pas important) : Les mensurations.

 Il est expliqué dans cette partie comment se mesurer, et à quel point il est important de bien se mesurer. Ce sur quoi je suis d'accord à 100% . Mais là ou je ne suis pas du tout, mais alors pas DU TOUT d'accord, c'est qu'il est écrit, je cite :

 

 "Nous aimerions toutes réussir à nous glisser dans la taille la plus petite"

 

Heu, déjà, non : il y a des femmes qui se sentent parfaitement à l'aise dans leur taille, petite ou grande ; des femmes qui à l’inverse, voudraient pouvoir se "glisser" dans une taille plus grande. Et oui, il y a des nanas qui veulent faire une ou plusieurs tailles en -dessous. Elles le savent très bien, c'est peut-être pas utile de leur re-balancer à la gueule, et surtout, SURTOUT, ça entretient ce P****** de cliché comme quoi le rêve ultime de nous toutes, pauvres cruches, c'est de pouvoir faire un 34. 

 

Fin du coup de gueule, et point positif : 

 

Malgré ces points qui m'ont hérissé le poil, que j'attribuerais à la traduction hâtive de l'anglais vers le français ( j'ai vérifié en cherchant des images du bouquin en version originale, et en effet les noms sont moins pires)  j'ai trouvé certains modèles plutôt mignons, certaines idées intéressantes ; les photos sont jolies, et j'ai également apprécié les schémas techniques, très joliments dessinés tout en restant techniques et clairs. 


crash test

Après la lecture des techniques abordées dans le livre, j'étais assez surprise : il y a beaucoup, BEAUCOUP de bâti à faire et énormément de choses à faire à la main. Certaines étapes de montage sont simplifiées, pour être plus rapides et plus faciles à coudre, ce qui est en soit une bonne idée, mais elles sont du coup remplacées par d'autres techniques plus longues, moins faciles, et moins précises. Par exemple, il est dit de coudre les élastique de moins de 10mm en une seule fois, en repliant d'abord les bords des ouvertures sur 5mm, puis de bâtir, puis de coudre l'élastique au zig-zag à sa place définitive, tout cela étant supposé être plus simple pour les débutant-e-s. Habituellement, on coud les élastiques en deux passages de zig zag (tu couds sur l'endroit, éventuellement tu recoupes un peu le tissu si ça dépasse, tu rabats, et tu recoud : rien à mesurer, rien à bâtir à la main. Plus simple, plus efficace, tout aussi joli sur l'endroit, et à mon sens plus joli sur l'envers ) .

Également, à part deux modèles, la plupart sont faits pour être réalisés dans des tissus non-extensibles. Ce qui est loiiiiin d'être ce que je préfère pour la lingerie, à part quand c'est nécessaire par exemple pour les soutien-gorges à armatures.

 

Mais comme je n'avais pas envie de faire ma mauvaise tête, j'ai décidé de tester 3 modèles de lingerie issus du livre, histoire de me faire une idée concrète. J'ai décidé de faire la culotte Pique-nique champêtre qui est la culotte de base, en coton, spécial débutant-e-s ; le shorty Doux comme un caresse, parce que c'est le seul en tissu extensible, que j'aime bien les shortys, et que Cécile de la couture rose en a fait plein, alors je me dit qu'ils doivent être pas mal ;  et enfin, histoire de tester un soutien-gorge, mon choix s'est finalement porté sur le soutien-gorge "grand maintien" Coup de foudre. Et je vous avoue direct que je teste celui-là parce que je voulais simplement vérifier le côté "Grand maintien". 


la culotte

- J'ai coupé un 40 conformément aux instructions, et j'ai d'ailleurs suivi les instructions à la lettre même si j'aurais fait différemment. Sauf pour les bâtis. La taille est bonne, un peu grande à la taille MAIS c'est de ma faute, je savais que mon élastique devait être réduit de plus de 20% (ce qui est conseillé dans le livre) mais j'ai eu la flemme de calculer. La culotte, sur moi, est très taille basse, mais elle reste portable et couvre les fesses. La coupe est mignonne. Je ne la porterais toutefois pas, simplement parce que je ne trouve pas que les culottes en tissé soient très confortables. 

 

- Les bâtis, à part celui du gousset, sont complètement inutiles. Les coutures de côté doivent faire 5 cm, sont droites, et dans des tissus qui se tiennent bien, même coupés dans le biais... 2 épingles, c'est déjà largement suffisant, pourquoi bâtir en plus ? 

 

- Le gousset flottant est fini, en haut, par un rempli fixé au point droit. Je n'ai pas de problème avec le point droit, ni avec le rempli en fait, c'est l'association des deux qui me dérange. C'est une préférence personnelle, mais si je fais un rempli sur un gousset, je préfère le fixer au point zig-zag pour qu'il soit bien à plat. Mais en vrai, je le surjette toujours, c'est bien plus propre et plus facile. Un point de surjet à la machine à coudre est très bien aussi. Mais bon là je chipote, un point droit sur un rempli que personne ne voit, ça passe. 

 

- Les coutures anglaises pour les coutures de côté sont tout à fait justifiées, cela permet une jolie finition et empêche l'effilochage, ce n'est pas bien long, et facile à réaliser. 

 

- Pour les ouvertures jambes / taille : j'ai utilisé la méthode recommandée ( replier puis coudre l'élastique en un seul passage ) c'était long et pénible ( j'ai HORREUR de mesurer et de plier ) et mes coutures sont bien moins nettes qu'avec la méthode que j'utilise d'habitude - sans doute parce que j'utilise l'autre technique à peu près tous les jours, donc forcément, je la fais vachement mieux.  Je n'ai pas bâti avant de coudre l'élastique parce que c'est complètement inutile : que tu coupes la culotte dans une baptiste, une popeline, une toile de coton... Un bon repassage suffit amplement pour garder le rempli en place, même les épingles sont accessoires. 

 

Également, les auteures n'expliquent pas vraiment pourquoi elles utilisent cette technique pour les élastique des moins de 10mm. Je vois 2 raisons :

  1. Parfois, selon le type d'élastiques, lorsque l'on coud des élastiques sur un tissu non-extensible, et que donc l'élastique dot être beaucoup étiré pour s'adapter au tissu, il s'étire trop avec les passages de coutures successives et ne reprend pas sa forme initiale, et donc, ne remplit plus sa fonction. Ça pourrait être une bonne raison, mais la même technique est utilisée partout dans le livre, quel que soit le type de tissu ou de couture, donc je ne pense pas que ça soit la raison ici. 

  2. Et la raison qui me semble la plus logique : Sur un élastique de moins de 10mm, un seul passage de zig-zag suffit, en terme de largeur de point / solidité / etc... à fixer l'élastique au tissu, même si ce n'est pas la solution la plus pratique. Mais ça fait des économie de fil, et d'usure de machine. Ce qui est absolument dérisoire à la maison, sur une seule culotte. Mais dans l'industrie, économiser du fil et de l'usure de machine sur 10 000 culottes, ça n'est pas dérisoire du tout. Les auteures sortant de la Demonfort University ( Formation lingerie en Angleterre) 

 

VERDICT :  À faire si on aime les culottes en tissu non-extensible, le patron est bien coupé et les tailles justes.  Inutile de bâtir, à part le gousset. Et si possible, surjeter le gousset au lieu de faire un rempli. 


le shorty

- J'ai coupé une taille 40 ( en suivant le tableau de mesures ) et la taille est nickel. La coupe est très chouette, le gousset flottant mériterait d'être un peu plus long à l'avant, mais c'est une modification ultra-simple. Cette fois, je n'ai pas suivi toutes les instructions à la lettre, parce que la première culotte m'a refroidie. 

 

- J'ai fait les inserts de dentelles aux côtés, qui sont très mignons. MAIS, dans le carnet technique dans lequel il est expliqué comment faire ces inserts, pas de logique : il est dit de bâtir les coutures de côté, puis de les coudre. Puis de coudre la dentelle, et de défaire la couture de côté. Donc en gros, tu doit bâtir une couture qui est elle-même un bâti puisqu'elle va être défaite, ce qui est franchement inutile. À la place, j'ai bâti (une seule fois) les côtés à la machine à coudre ( point droit le plus long possible ) j'ai ouvert ma couture, cousu la dentelle, retiré le fil de bâti et recoupé les marge. C'est plus rapide, et les fils de bâtis sont déjà suffisamment pénibles à retirer parfois, alors une vraie couture, laisse tomber. 

 

- Je n'ai pas fait les remplis sur les extrémités de dentelles à la taille et aux jambes, j'ai simplement superposé mes extrémités de dentelle. Uniquement parce que j'avais la flemme. En vrai, vous pouvez faire les remplis. 

 

- J'ai légèrement étiré la dentelle pendant la couture ( les instructions disent de ne pas le faire ) parce que même sans étirer le tissu pendant que l'on coud, la couture a tout de même tendance à gondoler; ( Après ça dépend des machines) ; étirer un tout petit peu (vraiment un tout petit peu  hein)  la dentelle permet de régler le problème sans rien changer à la taille. Si votre dentelle n'est pas très élastique (ou en tout cas, moins que votre tissu) n'étirez pas la dentelle; et si votre couture ne gondole pas, pareil, inutile d'étirer la dentelle. 

 

- J'ai également surjeté le gousset flottant au lieu du rempli. 

 

Verdict : À faire, la coupe est vraiment chouette et les tailles sont conformes au tableau. Les inserts de dentelle aux côtés sont facultatifs, mais très mignons, et je n'avais jamais utilisé cette technique donc j'étais ravie de l'apprendre.  Si vous les faites, bâtissez juste les côtés à la machine sans faire la couture puisqu'elle sera enlevée quoi qu'il arrive. Aussi, c'est une coupe assez basique que l'on peut facilement modifier et customiser !


le soutien-gorge

J'ai commencé par coudre les culottes, parce que ce sont les pièces de lingerie les plus simples à patronner ; si les patrons n'étaient pas bons, je n'aurait sans doute même pas tenté le soutien-gorge. Mais comme les patrons étaient corrects, je me suis donc attaquée au soutien-gorge, histoire de voir ce qu'il avait vraiment dans le ventre.

 

J'ai commencé par lire les instructions, et j'ai immédiatement décidé de ne pas les suivre ( Hormis l'ordre de montage ) , je vous explique pourquoi en dessous. 

- J'ai coupé une taille 40, bonnet B. Les instructions pour choisir sa taille ne sont pas conventionnelles, ce qui n'est pas un problème en soit, car comme le disent les auteures, il n'existe pas de méthode infaillible. Mais on ne nous propose pas vraiment de méthode alternative : On doit donc choisir sa taille selon son tour de poitrine (mais pas d'explications pour le bonnet)  ou de prendre un soutien-gorge qui nous va et de faire une toile en utilisant les mesures dudit soutien-gorge. Fausse bonne idée : dit comme ça, ça paraît logique, mais en vrai, selon les tissus utilisés et les coupes, les mesures seront peut-être très différentes. 

 

J'ai donc choisit ma taille en utilisant le tableau de mesure, en prenant un 40 qui était censé être un chouïa trop petit pour moi, et un bonnet B. Résultat : le soutien-gorge est bien trop grand.  Le seul conseil que je vous donnerait si vous voulez réaliser ce modèle, c'est de prendre la taille plus ou mois indiquée par le tableau de mesures, de faire une toile, et de la corriger pour l'adapter. Ce qui est ce que l'on est supposée faire pour n'importe quel soutien-gorge que l'on coud, de toute manière.

 

Ce qui est dommage, c'est aussi que le passage "essayage du soutien-gorge" est très, très succinct. Donc si on n'a jamais vraiment fait de soutien-gorge, et qu'on ne sait pas encore comment on doit ajuster sa toile, les explications ne suffisent vraiment pas. 

 

- Le modèle est à couper dans de la dentelle pour le haut bonnet & les côtés ; du satin de soie pour les bas bonnets, et du powernet pour le dos. OK pour la dentelle sur le haut bonnet et les côtés, le powernet pour le dos. Par contre, du satin de soie pour les bonnets du bas d'un soutien-gorge "grand maintien" c'est juste une hérésie - d'autant plus qu'il est coupé dans le biais -  si il n'est pas doublé. Ce qui n'est pas le cas ici.

 

- Je n'ai donc pas suivi la plupart des instructions de montage, à part l'ordre -  trop longues, trop compliquées pour rien et pas adaptées à la couture de soutien-gorges. Il faut faire énormément de coutures anglaises et de fausses coutures anglaises. Si je comprend l'idée - des coutures propres, solides, et pas de bords à vif - en réalité cela donne surtout des coutures trop épaisses pour un soutien-gorge ; on doit faire de fausse coutures anglais pour la dentelle et donc replier et surpiquer de toutes petites coutures en dentelles, ce qui est loin d'être facile. Et si je sais que les coutures à vif sont un NON pour certain-e-s, en réalité, en lingerie ce n'est pas rare d'en trouver - même dans le commerce - selon le type de tissu, évidemment. La plupart de ces coutures auraient pu être finies proprement, sans bords à vifs, de manière très simple. Par exemple, pour les bonnets, il aurait suffit d'ajouter une doublure au bonnet du bas, et de prendre le bonnet deu haut (en dentelle) en sandwich entre les 2 bonnets du bas. Pas de couture visible, c'est propre, plus confortable ET la doublure apporte le maintien nécessaire au bonnet du bas. J'imagine que la raison était de simplifier le montage et de minimiser les tissus compliqués à se procurer. Soit, mais déjà, on doit utiliser du powernet, ce qui n'est pas facile à trouver, on peut rajouter un peu de doublure en même temps. Ou bien, on n'appelle pas ça un soutien-gorge "Grand maintien". Je sais, on dirait que je chipote sur des détails, mais pour moi ça n'en est pas un !

 

- La fermeture se fait par une bande d'agraffes sur le côté. Encore une fois, sur le principe, pourquoi pas. J'ai eu il y a looooongtemps un soutien-gorge qui se fermait par des agraffes sur le côté et je l'adorais.  Mais là déjà ce sont des agrafes à un seul rang qui sont proposées, donc pas réglables. Donc je m'interroge sur l’intérêt d'une fermeture de côté : ce n'est pas spécialement pratique à enfiler et à fermer, pas facile à coudre, et il suffisait de faire la partie dos en powernet un peu plus large comparée aux côtés (car ici, il est très petit)  pour que le soutien-gorge soit enfilable par le haut, comme une brassière, sans enlever de maintien, surtout que même avec la fermeture de côté, les bretelles font que l'on doit quand même l'enfiler par le haut.  Si je m'embête à coudre une fermeture à agrafes, j'ai envie que ça soit pour une bonne raison, ce qui n'est pas le cas ici. 

 

les instructions sont plus que nébuleuses pour les agrafes - il faut se référer aux instructions du cahier technique à la fin du livre, qui renvoient à leur tour, pour certaines étapes, à un autre chapitre des cahier technique. Je comprend bien que dans une livre, tu ne vas te taper à chaque fois l'écriture des instructions si elles sont déjà présentes ailleurs dans le bouquin. Mais renvoyer un coup à droite, puis à gauche, puis revenir, puis repartir à la fin du bouquin... Et de toute manière, je n'ai même pas essayé de comprendre les instructions, je vous l'avoue, ça m'a gonflé. Également, si dans les instructions du modèles disent de "voir page XX pour la bande d'agraffes", quand tu vas à ladite page, la technique en question n'a pas le même nom, et tu dois donc plus ou moins deviner à quelle technique tu dois te référer. Bref, ça m'a gonflée et j'ai cousu comme je le sentais. 

 

- Il est dit de coudre les élastiques en une seule fois, en repliant avant. Là encore, nope, ça ne sert à rien, c'est plus compliqué et moins précis. Mais surtout, il est dit de couper PARTOUT les élastique entre 20% et 30% plus courts que l'endroit où ils seront cousus, y compris sur le haut bonnet. Sauf que non, l'élastique, sur le haut du haut bonnet doit être cousu à plat, en l'étirant à peine, mais vraiment à peine, pour qu'il se pose contre la peau ; si tu le coupe 20% plus court, tu dois l'étirer bien plus, et tu te retrouve donc avec le haut bonnet qui va serrer contre la peau du sein. Et tu te retrouves donc avec des quadra-boobs.  Idem pour le bas, la manière de mesurer l'élastique est super compliquée : comme on a du tissu non extensible et extensible (le dos) il faut mesurer x% d'élasticité pour le dos et Y% d'élasticité pour le reste, additionner les deux, rajouter quelques cm de marges de coutures, couper et coudre (en deux temps, enfin !) ... Bref, je comprend l'idée, mais la problème étant qu'on est pas supposé-e-s étirer autant l'élastique dans un bas de soutif, quoi qu'il arrive. Et aussi, le deuxième passage est cousu avec un ZZ normal, et pas un ZZ triple. Ça passe, et tout le monde n'a pas une machine qui fait le ZZ triple, OK. Mais là ou étire BEAUCOUP l'élastique (vu qu'on le coupe vachement plus court que le tour de dos) donc un zig-zag triple, plus élastique et plus solide, et aussi plus joli sur une bande de 18mm, serait le bienvenu. J'ai donc cousu l'élastique en l'étirant comme j'ai l'habitude de faire, et au ZZ triple. 

 

- Le modèle est au final pas du tout à ma taille. Le dos est beaucoup trop grand, mais vraiment beaucoup ( et ce n'est pas à cause des élastiques ) ; les bonnets sont à la fois trop petits ( pas assez profonds ) et trop larges ( la couture de côté m'arrive presque dans le dos ) ; les bretelles sont très espacées à l'avant, quasiment au niveau des aisselles, et idem dans le dos, beaucoup trop écartées.

 

- Si j'avais vraiment envie de faire ce modèle de nouveau, je couperais des bonnets plus petits, mais je les ferais plus profonds, sans doute en changeant la courbe des bonnets ; je couperais les côtés en dentelle plus petits; je réduirais le powernet du dos juste de la largeur d'une fermeture à agrafes que je rajouterais donc dans le dos et je verrais à l'essayge si il faut le réduire plus que ça. Je changerais également la position des bretelles du dos, et j'attendrais l'essayage pour la position du devant. 

 

-Et enfin je précise que le modèle ne me va pas, mais on est toutes foutues différemment, il vous ira peut-être parfaitement à vous. J'ai aussi eu de bon retours sur d'autres modèles de soutien-gorges du livre, que je tenterais peut-être un autre jour !


Au final, j'en pense quoi ?

Je ne regrette pas d'avoir acheté ce livre parce que certains modèles sont jolis, et je m'en servirait sans doute de "pièces d'études", que ce soit pour le patronage ou la gradation. Mais pas pour tous, c'est certain. 

 

Je pense qu'une partie des problèmes que j'ai avec ce livre - les noms des modèles, les instructions nébuleuses - viennent de la traduction. J'ai trouvé quelques images du livre en anglais, et les noms sont moins mièvres. Pour les instructions, je ne sais pas vraiment, mais j'ai eu à plusieurs reprises, en le lisant, l'impression que les phrases avaient des tournures étranges et que les termes, sans être complètement faux, n'étaient pas tout à fait les bons. 

 

Les photos sont jolies et bien mises en scènes, mais carrément insuffisantes, on ne voit pas souvent le modèle de dos, par exemple. J'imagine que la raison est que cela coûte cher d'imprimer des photos, mais du coup, pour certains modèles on se lance un peu à l'aveuglette. J'aurais apprécié au moins un schéma technique de devant et de dos de chaque modèle. 

 

Les schémas sont jolis et assez clairs, mais insuffisants : le tout premier modèle de culotte est largement illustré, ainsi que le cahier technique. Mais pour tous les autres modèles, rien du tout. Et quand les instructions sont, en plus, pas franchement claires, qu'il n'y a pas de photo détaillée du modèle, des schémas serait plus que bienvenus. 

 

Le point positif pour moi, c'est que les patrons de culottes que j'ai testés ( et donc pas de raisons que les autres soient différents) sont bien coupés et les tailles sont justes. C'est peut-être le minimum à attendre d'un livre... Mais ce n'est pas toujours le cas ! Pour les soutien-gorges, je pense qu'il faut vraiment faire une toile avant... Mais comme pour n'importe quel soutien-gorge, finalement.


alors... on l'achète ou pas ?

Je ne vous dirais pas de l'acheter, ni de ne pas l'acheter. En fait, pour être honnête, je n'ai pas particulièrement apprécié ce livre parce qu'il ne correspond pas à MES attentes, mais je le savais avant de l'acheter.

 

Je pense que le problème vient du fait que les auteures sortent d'une université de Contour Fashion ( grosso modo Lingerie ) où tu apprend - j'imagine - des techniques utilisées dans l'industrie. Donc pas forcément celles utilisés chez soi.  En écrivant leur livre, elles ont voulues rendre la couture de la lingerie accessible, et donc adapter les techniques utilisées dans l'industrie pour les reproduire chez soi. Sauf que certaines techniques ne peuvent pas être adaptées, il faut juste utiliser une autre manière de faire. 

 

Je pense aussi qu'elles ont surtout étudié, pour leur livre, des pièces Vintage. Et ne vous méprenez pas : je suis complètement pour étudier la lingerie Vintage parce qu'on y apprend plein de choses. Autrefois, on n'avait pas toutes les machines utilisées de nos jours dans l'industrie de la lingerie ; donc les pièces sont très utiles pour apprendre des finitions et techniques de montage que l'on peut reproduire chez soi avec une bête machine à coudre.  Mais tout n'est pas bon à prendre, et il y a des manières de faire qui ont évoluées, parce que les machines à coudre familiales ont évolué, les tissus, les élastiques, les fibres ont évolué ; certaines fournitures sont plus faciles à trouver de nos jours (merci internet !) et tout ça fait que les techniques abordées dans le livre, si elles sont toutefois intéressantes, ne sont pas nécessairement judicieuses. Je précise qu'il y a tout de même des techniques très intéressantes et utiles, mais mieux vaut déjà avoir quelques notions en lingerie, histoire de faire la différence entre les parties vraiment utiles, et celles à oublier. 

Donc, pour résumer, vous apprécierez ce livre si : 
  • Vous avez envie de coudre de la lingerie de temps en temps, sans nécessairement avoir envie de prendre le temps de maîtriser ses techniques spécifiques ; 
  • Vous aimez prendre le temps de coudre lentement et de faire certaines coutures à la main ; 
  • Vous avez envie de coudre des pièces d'inspiration Vintage et rétro ; 
  • Si vous maîtrisez déjà bien les techniques de lingerie pour utiliser uniquement les patrons.
  • Si vous avez envie de voir d'autres techniques. 
   

Vous n'apprécierez pas ce livre si : 

  • Vous cherchez à apprendre à apprendre des techniques de lingerie "en profondeur". Je sais qu'ils ne sont pas en  français, mais à mon avis les livres "Bare essentials : Underwear" et "Bare essentials : Bras"  de Jennyfer Lynne sont bien mieux pour apprendre les techniques de base. 
  • Vous cherchez à faire des soutien-gorges à armatures ou que vous avez besoin d'un bon maintien ; 
  • Vous cherchez un livre très technique.
  • Vous cherchez des modèles modernes. 
  • Vous préférez les sous-vêtements en tissus extensibles. 

Et voilà, j'ai essayé de faire court... Mais c'était pas possible ! Et vous, vous avez ce livre, vous en pensez quoi ?